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http://www.jewishideasdaily.com/4698/features/inventing-pluralist-america/

Rédigé par Kevin Zdiara.

Traduit par l’administrateur

En 2012, les États-Unis est un pays plus multiculturel que jamais, il est tentant de croire que le pluralisme social du pays a été préordonné. Après tout, ne sommes-nous pas une nation d’immigrants?

Liens utiles

The Melting-Pot  par Israel Zangwill, Project Gutenberg. « Pourquoi n’avez-vous pas une religion plus raisonnable?». C’est une pièce de théâtre populaire de 1905 qui célèbre la diversité culturelle que Horace Kallen va plus tard opposer.

Democracy vs. the Melting-Pot  Horace Kallen, Nation. « Comme dans tout orchestre, chaque type d’instrument a son propre timbre et sa tonalité, de la même façon chaque groupe ethnique est un instrument naturel.» (1915).

Islam in Two Americas  Ross Douthat, New York Times. Le vieux débat sur le pluralisme se poursuit dans une Amérique qui insiste sur les droits et les libertés des groupes ethniques et religieux, et d’une autre Amérique qui exigent plus d’intégration de la part des nouveaux arrivants.

The « Americanization » of Zionism  Sarah Schmidt, American Jewish Archives. L’argument de Kallen sur le pluralisme culturel a permis aux immigrants Juifs de rejoindre en toute liberté les organisations sionnistes sans se préoccuper des accusations de double-loyauté (1976).

En fait, le pluralisme tolérant n’a pas été la seule possibilité pour les États-Unis. Seulement, il a émergé en tant que point de vue dominant sur l’organisation de la société après la vague d’immigration d’Europe de l’Est à la fin du 19e siècle qui créa des débats houleux sur l’immigration et qui n’allaient se dissiper qu’après la Seconde Guerre mondiale.

Un des leaders dans les théories du pluralisme américain, celui qui inventa le concept de « pluralisme culturel » était un Juif d’origine allemande et né aux États-Unis se nommant Horace Meyer Kallen. Ce samedi, le 11 août, marquera le 130e anniversaire de sa naissance. C’est une date qui vaut la peine d’être célébrée.

Il y a plus d’un siècle, Kallen était au sommet de sa gloire. Il venait tout juste d’éditer un livre à propos de son enseignant, le philosophe William James. Il était sur le point de publier une superbe étude comparative de James et du philosophe français Henri Bergson…et Kallen était au centre de ce débat intense sur l’avenir des États-Unis.

La vague d’immigration d’Europe Centrale et d’Europe de l’Est a été confrontée à un sentiment anti-immigration de la part de l’élite anglo-saxonne au début du 20e siècle. Theodore Roosevelt s’était opposé aux américains à double-identité (hyphenated Americans, les Américains à trait-d’union qui utilisent leur double nationalité, par exemple « franco-américain, italo-américain »). D’autres étaient moins subtiles, comme le sociologue Edward A. Ross qui émettait l’avertissement dans son livre intitulé «The Old World in the New» (le vieux monde dans le nouveau) que « le sang nouveau injecté dans les veines de notre people est « sous-commun » (subcommon).

Kallen qui avait immigré avec sa famille en provenance d’Allemagne à l’âge de 4 ans sentait que ces sentiments [anti-immigration] trahissaient les idéaux des États-Unis et qu’il fallait donc les réfuter. Il était un partisan de la philosophie pluraliste de James et s’est engagé à appliquer ce concept aux différents problèmes sociaux, politiques et religieux.

Dans son essai célèbre « Democracy vs. the Melting-Pot », Kallen affirmait que les États-Unis symbolisaient un commonwealth basés sur une idée, et non sur le sang ou le territoire. L’idée était que les personnes sont différentes et que ces différences sont bonnes; l’égalité prônée à travers la Déclaration d’indépendance ne signifiait pas « similitude » mais plutôt l’égalité des droits pour des individus fondamentalement différents l’un de l’autre.

Le pluralisme de Kallen était autant descriptif que prescriptif. Son idée de base était que chaque individu a une perspective du monde qui lui est unique et influencée par sa situation géographique, culturelle, religieuse et son environnement politique. L’individu peut ensuite contribuer à une meilleure compréhension du monde par sa perspective personnelle.

Même si pour Kallen il n’y avait pas de point de vue dominant, il a reconnu l’importance de proposer un terrain d’entente où les différences pouvaient croître et fleurir. Ce terrain d’entente était la démocratie. Comme le disait Kallen durant les années 1930, la démocratie protégeait le droit des individus « d’être différents », mettant ainsi en place la société pluraliste.

À plusieurs reprises, Kallen était conscient des dangers que pouvaient poser le totalitarisme et l’intolérance sur le pluralisme. Après ses voyages au sein de l’Italie fasciste et de l’Union soviétique à la fin des années 1920, il est devenu extrêmement critique du totalitarisme, bien avant que les libéraux et d’autres progressistes le deviennent. Même chose concernant les religions : même si Kallen admettait leur importance dans la création des identités, il était consterné par leur histoire de coercition et de violence et plus particulièrement par celles qui obstruaient le développement des connaissances scientifiques et qui agissaient de manière intolérante face à d’autres groupes religieux.

L’hostilité de Kallen envers les groups religieux a aussi été dirigée envers son propre groupe. Il a échangé des propos sulfureux avec les Rabbins Samuel Schulman et Abba Hillel Silver pour leur définition religieuse et exclusive du judaïsme. Il était tout aussi critique envers quelques Juifs orthodoxes à cause de leur intolérance religieuse de même qu’envers les anti-sionistes les plus zélés.

Son hostilité envers quelques Juifs ne devrait pas être sous-entendue comme étant du mépris envers le judaïsme auquel il demeura très attaché. En effet, ses expériences en tant que Juif lui ont été probablement inspirantes pour sa culture philosophique. Pendant qu’il était étudiant à Harvard, l’exposition au sentiment anti-Juif lui a fait réalisé que, malgré ses efforts, il ne serait jamais accepté en tant qu’anglo-saxon (wasp). Conséquemment, il a choisi de s’affirmer en tant que Juif. Kallen, en compagnie de Henry Hurwitz et d’autres étudiants Juifs, ont mis sur pied la Harvard Menorah Society en 1906. Ils ont tenté de promouvoir un concept plus compréhensif de la culture judaïque qu’ils ont nommé « Hébraïsme ». Ils étaient des ardents sionistes et en 1910 Kallen a joué un rôle crucial dans la conversion de Louis D. Brandeis au sionnisme.

La préoccupation de Kallen pour le judaïsme est allée au-delà de ses intérêts personnels. C’était une quête pour sa propre différence, le « timbre » qui pouvait contribuer à « l’orchestre de l’humanité » comme il l’a plus tard répété. Même si l’engagement mené tout au long de sa vie pour le judaïsme n’est que partiellement connue aujourd’hui, c’était selon ses contemporains, une des caractéristiques principales de Kallen.

Son ami Milton R. Konvitz a noté en 1953 que la judaïté définissait l’essence de Kallen. La judaïté définissait son sens de l’humanité. Sa judaïté était omnisciente, omniprésente, elle pénétrait ses actions, elle mordait dans chacune de ses émotions; il voit en tant que Juif, il entend en tant que Juif, il ressent et réfléchi en tant que Juif, il écrit et enseigne en tant que Juif.

Les expériences de Kallen en tant que Juif ont moulé sa compréhension sur les contributions au judaïsme. Le judaïsme était pour lui comme les États-Unis : un commonwealth muni de différentes perspectives. Les Juifs grandissent sous une variété de circonstances, de cette manière, chaque Juif apporte une perspective unique, et toutes ces différences sont une condition préalable de la croissance du judaïsme.

La différence était donc cruciale pour le judaïsme, tel que l’a comprise Kallen, c’est pour cela qu’il était préoccupé par la suppression de la diversité [NDLR : l’auteur parle probablement des restrictions ethniques sur l’immigration qui ont été menés de 1924 à 1965, pendant cette période l’immigration a principalement été en provenance de l’Europe du Nord-Ouest afin de préserver un caractère anglo-saxon], notamment après la Seconde Guerre mondiale. En 1959, il a participé à la conférence YIVO (Institute for Jewish Research) dans laquelle il a proposé deux possibilités pour le judaïsme aux États-Unis : la première, mettait-il en garde, était « une guerre inter-organisationnelle où chaque groupe interdirait la désignation de ‘Juif’ ou ‘Judaïque’, chacun se battant pour barrer tout ce qui est différent », la deuxième est « travailler pour orchestrer les différences [juives], et se renforcer mutuellement en unissant l’effort commun de la survie et de la croissance ». Évidemment, Kallen préférait la seconde proposition.

Aujourd’hui, on dirait que les idées de Kallen à propos de la différence étaient visionnaires et que cette vision a été réalisée. Mais Kallen insistait sur le fait que le pluralisme ne pouvait jamais être finalisé, selon lui il s’agissait d’un processus perpétuel qui délivre toujours plus de liberté à l’individu.

Jusqu’à sa mort en 1974, ses amis lui ont toujours suggéré qu’il écrive une autobiographie. Il a refusé en insistant que seulement ses idées étaient importantes. Cet humble intellectuel Juif-américain avait raison : Kallen « l’homme » est presque oublié mais le pluralisme culturel continue de vivre.

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