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Par Kevin MacDonald (traduit de l’anglais)

Elaine McArdle a été visée par les groupes d’intérêts israéliens. Bien sûr, ce n’est pas tout à fait surprenant ni même illégal. En effet, c’est une pratique assez commune dans le milieu du lobbying. Comme elle le note, AIPAC lui a fourni des voyages en première classe, toute dépenses payées vers Israël pour 40 membres du Congrès l’été dernier. Les journalistes sont aussi intéressés à participer à ce genre de voyage quoique cela pourrait être vu comme un manque d’éthique journalistique.

Toutefois, il y a probablement quelques membres du Congrès de tout âge qui n’ont pas participé à ce genre de voyage, et comme elle le note, la plupart des journalistes ont seulement une question en tête : « où s’inscrit-on? ». Les voyages gratuits pour le personnel militaire et politique américain sont une pratique courante du Jewish Institute for National Security Affairs. L’organisation Birthright Israel organise annuellement des voyages vers Israel pour quelques 20 milles jeunes juifs dans l’effort d’accroître leur sentiment d’appartenance juif.

Ce qui est intéressant dans le témoignage de McArdle est qu’elle est très consciente du processus psychologique qui est impliqué. Elle sait pertinemment que la persuasion touche le niveau de l’inconscient. Offrir un cadeau à quelqu’un provoque le sentiment de réciprocité qui est sans aucun doute un vestige de notre évolution psychologique. Les individus qui n’ont pas pratiqué la réciprocité n’ont pas constitués de bons amis ni de bons alliés au cours de l’Histoire. Ce comportement et cette réaction se sont déroulés pendant une durée de temps suffisamment longue pour produire un mécanisme dans notre cerveau qui soit spécialisé dans la détection de ceux qui pratiquent la réciprocité et de ceux qui trichent. Pour les non-sociopathes dans ce monde, lorsque nous recevons quelque chose de la part de quelqu’un, nous ressentons un sentiment de réciprocité ou du moins, un sentiment positif à son égard.

Puisque je suis engagé à comprendre l’influence de la communauté juive en général, l’article de McArdle nous amène à penser sur les autres types de processus psychologiques impliqués dans les différentes sources d’influences de la communauté juive. Bien sûr, aucun de ceux-ci sont strictement exclusif à leur communauté. Toutefois, ils ont un talent marqué pour les jeux d’influence. Le lobby israélien et son influence sur la politique étrangère américaine en sont un bel exemple. Il est raisonnable de supposer qu’un des aspects de leur succès est d’être plus habile que d’autres à se syntoniser sur les tendances psychologiques des individus afin de mieux s’en servir pour faire avancer leurs intérêts.

À la base, participer à un voyage au sein d’un groupe créer un sentiment d’appartenance à ce group. Les psychologistes ont trouvé que faire partie d’un groupe produit des attitudes positives envers les autres membres de ce groupe. Même lorsqu’il n’y a pas d’échanges « donnant-donnant » (quid pro quo) explicites, les normes du groupes sont moulés par les guides touristiques et même par l’itinéraire.

En effet, les gens qui participent au voyage se font inculquer un point de vue lié à celle de la communauté juive, un point de vue lié à la position victimaire. Le groupe de voyage de McArdle a été guidé vers une famille israélienne qui a été touchée par les roquettes lancées par le Hezbollah l’été passé. Il y a un sentiment palpable de peur : « On s’est fait dire que les enfants mouillent quelques fois leur lit à cause de la peur…je me suis demandé pour combien de temps…pouvais-je endurer ce sentiment de danger omniprésent . »

Ils ont aussi été amenés au Mémorial de Yad Vashem, le musée israélien de l’Holocauste. De la même manière, les voyages organisés par Birthright Israel débutent par des séminaires sur l’Holocauste à New-York, ensuite par un voyage à Auschwitz en Pologne, et enfin vers Israël où les participants visitent des sites historiques dans le but d’inculquer des valeurs sionistes. Les lieux spécialement importants sont les postes frontaliers « où un danger continuel pour la sécurité d’Israël est palpable » (Woocher, 1986; p. 150). Au sein de ces visiteurs Juifs, le résultat est un sentiment de terreur : un participant de Birthright Israel affirme, « Je ne me suis jamais senti en danger en Pologne, mais je ne pouvais pas attendre de me rendre en Israël où je savais que nous allions être appréciés et acceptés. »

En effet, tel que noté dans A People That Shall Dwell Alone (voir Chapter 7, en anglais), « un sentiment permanent de danger imminent semble être commun au sein de la communauté juive…Pour les familles juives, le sentiment de persécution fait partie de l’héritage culturel et il est habituellement assumé avec fierté. La souffrance est même une élément de partage avec les autres Juifs. Ceci produit une cohésion entre les Juifs et leur héritage, et la souffrance des Juifs à travers l’Histoire. » [traduction personnelle].

Il y a aussi un sentiment de cohésion psychologique avec les Israéliens dans un rapport de personne-à-personne. McArdle réfère à son expérience comme étant « une semaine de charges émotionnelles inoubliables, avec des personnes chaleureuses et sympathiques, des hôtes qui ont été généreux et des guides touristiques pour qui j’ai ressenti de l’inquiétude une fois que je suis retournée à ma vie paisible au Massachusetts. » Elle ressent de l’empathie pour ces israéliens en tant que membre d’un groupe qui vit sous le danger, elle partage du même coup leur inquiétude pour leur sécurité. Mais elle n’aura pas l’occasion d’éprouver de l’empathie pour les Palestiniens vivant de l’autre côté du mur, dans la bande de Gaza.

McArdle mentionne également que l’expérience était « émotionnellement chargée ». Un bon nombre de d’études en psychologie démontrent que les expériences émotionnelles les plus intenses sont les plus susceptibles d’être gardées en mémoire et de produire une influence à long terme sur l’individu. Comme le souligne McArdle, les gens n’ont même pas besoin d’être conscients de ces souvenirs pour qu’ils puissent être influencés par ceux-ci.

Un autre aspect psychologique de l’influence de la communauté juive est que les mouvements intellectuels et politiques issus de cette communauté sont établis à partir de niveaux de prestige élevé. Un aspect important de notre psychologie de l’évolution est que nous adoptons les messages culturels qui dérivent des gens ayant un statut social supérieur. Ceci a certainement été le cas pour tout les mouvements qui ont été examinés dans The Culture of Critique, et il n’y a aucun doute que le lobby israélien est intimement lié à l’élite médiatique, à l’élite académique et auprès de quelques think-tanks.

Finalement, ce ne sont pas seulement les journalistes comme McArdle qui doivent se préoccuper de ce biais inconscient. Nous devons tous s’en préoccuper. Les mouvements comme celui des lobbys israéliens se sont habituellement présentés non pas comme des organisations qui poursuivent des intérêts juifs mais plutôt comme défendant les intérêts de la société au complet.

Les néoconservateurs, comme Richard Perle, formulent leurs recommandations politiques de manière à démontrer qu’il y a des bénéfices pour la société américaine. Il agit ainsi malgré le fait qu’il a un fort sentiment d’appartenance envers la communauté juive : antisémitisme, l’Holocauste, et la protection d’Israël. Perle se pose en tant que patriote américain malgré les accusations assez crédibles d’espionner pour l’État d’Israël, de rédiger des rapport pour les think-tanks israéliens et de collaborer avec le Jerusalem Post, tout en entretenant des relations personnelles avec des leaders israéliens.

Ceci est aussi vrai pour tout les mouvements décris dans The Culture of Critique : les engagements et les motivations des acteurs principaux n’ont jamais été le sujet des discussions et les mouvements en tant que tels ont été présentés comme ayant une nature à la fois scientifique et supérieure aux traditions occidentales. De ce fait, les non-Juifs sont invités à voir ces activistes Juifs comme étant des chercheurs désintéressés dans les sciences sociales, ou comme dans le cas des néoconservateurs, à les voir comme des patriotes américains « aussi patriotes que nous ». Nous sommes ainsi invités à percevoir ces activistes Juifs comme faisant partie de notre groupe, avec tout ce que cela entraîne au niveau psychologique.

Dans mon monde idéal, les recommandations de Jonah Goldberg et Paul Wolfowitz envers les présidents et les secrétaires de la défense devraient être accompagnées d’un avertissement indiquant : « vous devez être prudent lorsque vous suivez mes recommandations ou et mes propos sur Israël. La déception et la manipulation sont des tactiques très communes dans le conflit ethnique, alors, ma position en tant que patriote américain doit être prise avec un grain de sel. Et même lorsque je suis entièrement sincère dans ce que je dis, le fait est que j’ai un engagement psychologique et ethnique très profond à l’égard d’Israël et du judaïsme. Les psychologistes ont démontré que ce genre d’engagement profond est susceptible de biaiser mes perceptions sur des politiques qui pourraient affecter Israël même si je n’en suis pas conscient. »

Comme je l’ai noté dans The Culture of Critique, « la plupart des Juifs impliqués dans les mouvements décrits ici pourrait sincèrement croire que ces mouvements sont séparés des intérêts spécifiques de la communauté juive ou bien qu’ils soient au moins dans le meilleur des intérêts de toutes les communautés. Cependant, comme Robert Thriver l’explique(1985), les meilleurs déceveurs sont ceux qui se déçoivent eux-mêmes. »

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